L'association Bâtiment bas-carbone (BBCA) a convié, le 16 avril, promoteurs, investisseurs et usagers de bâtiments labellisés pour leur frugalité émissive, à une conversation sur les vertus et les valeurs de la construction décarbonée. Une bouffée d'air pur dans un secteur toujours sinistré.
Bienvenue dans le monde merveilleux du bâtiment bas-carbone ? On aurait pu le croire, tant les intervenants de cette conversation matinale, organisée jeudi 16 avril par l’association BBCA au siège de WO2, dans l’espace tout de bois meublé et décoré qui accueille ses bureaux, ont usé de superlatifs. Mais les promoteurs, investisseurs et usagers qui ont échangé ce matin-là ont dûment étayé leurs propos. Les bâtiments bas-carbone « surperforment » leurs concurrents, a résumé Marc Lafont.
Le président de WO2 et administrateur de l’association Bâtiment bas-carbone (BBCA) a manié la métaphore automobile pour expliquer son propos : le bâtiment d’avant, c’est le vieux diesel, le bas-carbone, la voiture électrique. « Les bâtiments bas-carbone se commercialisent mieux, dans un environnement économique marqué par une crise persistante », a souligné à son tour le président de l’association BBCA Stanislas Pottier, par ailleurs directeur de l’investissement responsable d’Amundi. « L’ensemble des acteurs du secteur considèrent que la décarbonation est synonyme de performance et de valeur, de préservation de la valeur des actifs dans le temps. » Il a également souligné sa satisfaction d’entendre un nombre croissant d’architectes estimer que les contraintes liées à la réduction des émissions des constructions, perçues comme préjudiciables à leur créativité au départ, sont aujourd’hui vécues plutôt comme des leviers d’innovation.
Mesure du carbone tout au long du cycle de vie
Marc Lafont a rappelé également, en préambule de la matinée, l’importante contribution de l’association BBCA à la mutation du secteur de l’immobilier, longtemps obsédé par la mesure du kilowattheure consommé par m², avant de passer à celle du CO2 émis. Car l’ADN de l’association repose précisément sur sa focalisation sur la mesure du carbone, tout au long du cycle de vie des produits et des bâtiments concernés. Le président de WO2 a indiqué par ailleurs que le bois représentait seulement 6 % des constructions, 3 % de l’offre, mais 20 à 25 % de la demande.
Le président de WO2 et administrateur de l’association Bâtiment bas-carbone (BBCA) Marc Lafont. © Jgp
Paul-Etienne de Bayser, responsable du programme immobilier et espaces de travail chez Sanofi, a décrit les vertus de CB3, le site de La Défense où le laboratoire pharmaceutique va installer son siège et 2 700 employés mi-2027, en provenance de Gentilly (Val-de-Marne) notamment. Conçu par WO2, l’immeuble vise un niveau BBCA Excellent. Paul-Etienne de Bayser a insisté sur l’attention portée par Sanofi à la qualité des conditions de travail de ses équipes, à laquelle l’aménité de leurs locaux contribue grandement. La construction de CB3, a-t-il indiqué, sera quatre à cinq fois moins émissive que celle d’une tour classique du quartier d’affaires. L’essentiel des émissions de Sanofi relève du Scope 3 : « Ce sont des émissions que nous achetons », a-t-il ajouté. Il a insisté également sur la valeur qu’il accordait au fait de s’appuyer sur des partenaires tels que BBCA, à la méthodologie et au professionnalisme éprouvés.
Olivier Mauduit, président de Deloitte University EMEA, et Laurent Labaeye, directeur général adjoint des programmes Nexity Entreprises, qui a construit le Campus Deloitte à Bailly-Romainvilliers (Seine-et-Marne), labellisé BBCA et lauréat des Mipim Awards 2023 catégorie Best alternative projects, ont dialogué ensuite à leur tour autour de l’impact d’une architecture et de matériaux bas-carbone et biosourcés sur le bien-être des usagers. Olivier Mauduit a décrit comment le bois et l’ardoise, mais plus encore la lumière, « renversante » sur l’ensemble du bâtiment, rendaient cette université des cadres agréable et reflétaient la philosophie des lieux, dédiés à la transmission des savoirs.
Le Campus Deloitte à Bailly-Romainvilliers (Seine-et-Marne), lauréat des Mipim Awards 2023 catégorie Best alternative projects © DR
Enfin, Julien Pemezec, directeur général délégué d’Altarea promotion et de Cogedim, a souligné que l’engagement bas-carbone était un des piliers de son groupe. Il a distingué l’attention portée à ces questions par les particuliers d’une part et les institutionnels d’autre part. Il a rappelé que la consommation énergétique des habitations était de plus en plus prise en compte par leurs occupants et que les banques bonifiaient leurs prêts en fonction de l’étiquette énergétique des bâtiments. Ainsi, Altarea œuvre pour que l’ensemble de sa production obtienne une étiquette A ou B au titre du diagnostic de performance énergétique. Les grands acteurs institutionnels sont de plus en plus attentifs à la performance bas-carbone de leur parc, actuel ou futur, a-t-il constaté. « Si, longtemps, les deux critères d’achat d’un bien immobilier étaient la qualité et le coût, a-t-il conclu, il en existe désormais un troisième : le carbone. »
L’association Bâtiment bas-carbone (BBCA), qui fête cette année ses 10 ans, rassemble aujourd’hui plus de 160 membres, en progression de 25 % par rapport à l’an dernier : promoteurs, utilisateurs, investisseurs, aménageurs, collectivités, architectes, constructeurs, bureaux d’études, mais aussi bailleurs sociaux et maîtres d’ouvrage bas-carbone. BBCA accueille également en son sein des industriels, fournisseurs du secteur, qui ne participent pas à la gouvernance de l’association, par souci d’indépendance et de neutralité. « Deux tiers du top 20 des promoteurs immobiliers figurent parmi nos adhérents », a indiqué Hélène Genin. La déléguée générale de l’association a rappelé que Jean Jouzel, paléoclimatologue et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, (Giec) était membre d’honneur de l’association.
En France, 3,6 millions de m² ont été ainsi labellisés. L’association est aussi active en Italie, en Belgique et en Allemagne. Elle vient de finaliser un label dédié aux centres commerciaux bas-carbone et travaille à l’adaptation de ses labels à la mixité accrue des opérations immobilières. BBCA a par ailleurs été choisie par l’ONG européenne Built by Nature pour stimuler la demande en bois et en matériaux de construction biosourcés.