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L’assainissement de la Seine, entre progrès et fragilité

Dans "La Seine et les progrès de l’assainissement francilien", Vincent Rocher, directeur délégué innovation, stratégie et environnement du Siaap, et une brochette d’experts proposent un regard pluridisciplinaire et historique sur la gestion de l’eau dans la région parisienne. Si la qualité de la Seine n'a cessé de s'améliorer depuis la fin du XIXe siècle, l'auteur appelle à la vigilance, car des enjeux de taille se dessinent à l’horizon 2050.

« Quand on parle de la Seine, on perd parfois un peu de rationalité. L’idée que c’était mieux avant n’est pas fondée, la rivière était en fait quasi-morte en 1970, » souligne Vincent Rocher, directeur délégué innovation, stratégie et environnement du Siaap (Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne), en préambule de l’ouvrage « La Seine et les progrès de l’assainissement francilien » (*). Avant 1850, la gestion des eaux usées à Paris n’existait pas, avec des conséquences sanitaires dramatiques : des épidémies telles que celle du choléra de 1832, qui fit plus de 18 000 victimes à Paris, sont rappelées. Puis la prise de conscience progressive, à partir du XIXe siècle, des dangers sanitaires entraîne la mise en place, sous l’impulsion d’ingénieurs parisiens, du premier système de collecte et d’évacuation des eaux usées.

Vincent Rocher. © Siaap

Le texte s’appuie sur des données parfois inédites, qui ont permis de simuler la qualité de la Seine à des périodes pour lesquelles les informations manquaient. « Nous avons utilisé des simulations pour reconstruire la qualité de la rivière, non pas comme elle sera demain, mais comme elle était hier, » explique Vincent Rocher.

L’ouvrage se divise en trois parties. La première, qui retrace les évolutions historiques, raconte la course effrénée de l’assainissement pour rattraper la démographie. De 1900 à 1970, l’augmentation de la population a été telle que les infrastructures ne suivent pas. Ainsi, en 1970, à peine 40 % des eaux usées sont traitées. Cette situation conduit à des crises écologiques, comme en 1970 où la Seine se retrouva dans un état critique. C’est alors qu’un virage décisif fut pris : le passage à un traitement centralisé des eaux usées.

Une plongée dans la Seine

La deuxième partie de l’ouvrage est une « plongée » dans la Seine elle-même. À partir de l’analyse de la qualité de l’eau, mais aussi de la biodiversité qui y prospère, le Siaap a observé une véritable « amélioration continue » depuis les années 1970. « Aujourd’hui, la Seine est plus propre que jamais, avec une biodiversité exceptionnelle. Mais paradoxalement, cette qualité crée une nouvelle fragilité, » précise Vincent Rocher. La biodiversité florissante est, selon lui, un indicateur de la bonne qualité de l’eau, mais en même temps, « cela rend l’écosystème plus sensible aux aléas. »

C’est cette fragilité qui était traitée dans la troisième partie de l’ouvrage, plus prospective, consacrée aux défis à venir. Le changement climatique, les températures estivales plus élevées, la pression démographique et les « microcontaminants » comme les médicaments et les microplastiques, seront au cœur des préoccupations. « La rivière est plus fragile que jamais. Elle pourrait se retrouver à subir un certain nombre de pollutions invisibles, » alertent les auteurs.

Ces derniers insistent sur le fait que, bien que la qualité de l’eau de la Seine se soit largement améliorée, des efforts demeurent à fournir. « Nous avons atteint une situation inédite avec une Seine qui, au niveau physique et chimique, est en bonne santé, mais cette santé reste fragile face à des événements imprévus, » poursuivent-ils. L’exemple d’un incendie survenu dans une usine de traitement en 2019, qui a entraîné un arrêt temporaire du traitement, illustre cette vulnérabilité. « L’impact sur l’oxygénation de la rivière fut immédiat. En seulement deux heures, la rivière a failli perdre une grande partie de sa biodiversité, » est-il expliqué dans l’ouvrage. D’où l’importance d’anticiper les crises à venir.

Le livre s’intéresse également aux projections à 2050, avec une Seine confrontée à de nouveaux défis : des débits plus faibles, des températures plus élevées, des microplastiques de plus en plus présents. « C’est l’objectif du livre, conclut Vincent Rocher : préparer le futur tout en tirant les leçons du passé. »

(*) « La Seine et les progrès de l’assainissement francilien », analyse d’une trajectoire de 1875 à 2050, Siaap, Inneauvation, éd. Johanet