Le centre de recherches d’EDF, le Lab Les Renardières, a organisé, jeudi 25 avril, une journée consacrée à la décarbonation de l’agriculture. Celle-ci passera par différentes voies, dont l’agrivoltaïsme, qui suscite l’intérêt des agriculteurs franciliens.
Comment décarboner l’agriculture ? La question était au cœur de la journée organisée par le site R&D EDF Lab les Renardières, à Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne), jeudi 25 avril 2024. L’atteinte de la neutralité carbone dépendra en partie de la contribution du secteur agricole, à l’origine de 20 % des émissions de gaz à effet de serre. « L’agriculture apporte des solutions uniques, mais c’est un secteur qu’on a besoin d’accompagner dans la prise de risques », a souligné le directeur bioéconomie et énergies renouvelables de l’Ademe, Jérôme Mousset. Les scénarios élaborés par l’agence identifient quatre voies : la diminution des apports de fertilisants, l’augmentation de ses capacités de stockage du carbone, la modification de l’alimentation animale et le recours aux énergies renouvelables. Pas toujours simple…
Agrivoltaïsme sur le site R&D EDF Lab les Renardières, à Moret-sur-Loing. © EDF R&D
Face à ces défis, l’inspecteur général au ministère de l’Agriculture Hervé Lejeune rappelle que le levier le plus accessible consiste à réduire les usages d’énergies fossiles dans l’agriculture. Cela passe par le rétrofit des tracteurs – une filière émergente -, l’électrification des bâtiments et matériels agricoles ou encore l’utilisation de chaleur fatale dans les serres… Il faudra également produire voire autoconsommer de l’énergie renouvelable. « Pour éviter l’impasse économique, les agriculteurs devront devenir des énergiculteurs. […] Demain, dans certaines régions, l’agriculture sera peut-être un sous-produit de la production d’énergie », souligne Hervé Lejeune, concédant un grand « pas conceptuel ».
Des panneaux solaires contre le stress hydrique
Ce champ est déjà investi par les énergéticiens avec la méthanisation, et maintenant l’agrivoltaïsme. Les pouvoirs publics ont tenu à encadrer cette dernière filière avec la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. Le 8 avril dernier, un décret très attendu a fixé les conditions d’acceptabilité des installations photovoltaïques. Ces projets doivent être compatibles avec quatre attentes : l’amélioration du potentiel et de l’impact agronomique, l’adaptation au changement climatique, la protection contre les aléas et le bien-être animal.
Ces externalités positives sont au cœur des investigations d’EDF Lab, qui teste les effets des panneaux solaires sur une petite parcelle de luzerne aux Renardières. Si une légère baisse de la production a été observée pendant le printemps, elle augmente pendant l’été lorsque le temps est chaud et sec. Les panneaux solaires font de l’ombre aux cultures, ce qui permet de limiter l’évaporation de l’eau en situation de stress hydrique. « Notre objectif, c’est de comprendre ces résultats et de les reproduire », souligne Sylvain Edouard, ingénieur chercheur d’EDF R&D.
Un travail de longue haleine car l’impact des installations peut varier selon la nature des sols, les besoins des cultures, la nécessité d’effectuer des rotations de cultures… « Aujourd’hui, c’est plutôt la prairie et l’élevage qui sont développés et travaillés. On a des retours positifs des éleveurs. Sur les autres, on teste et on verra », observe Vincent Trotin, expert agronome spécialisé en agrivoltaïsme chez EDF Renouvelables.
Une douzaine de projets d’agrivoltaïsme en Ile-de-France
La filière suscite l’engouement des énergéticiens. Au-delà d’EDF, TotalEnergies est aussi dans la course en Ile-de-France. En 2022, avec la coopérative Invivo, le concurrent du groupe public inaugurait son propre démonstrateur à Valpuiseaux (Essonne). Les agriculteurs franciliens répondent présent : en Ile-de-France, une douzaine de projets concernant des terrains d’élevage et des cultures céréalières ont déjà été identifiés. « J’espère que ce type de projets va relancer surtout les filières animales. En Ile-de-France, on importe 50 % de notre volaille », souligne Christophe Parent, secrétaire adjoint de la FDSEA de Seine-et-Marne.
« La quasi-totalité est portée par des énergéticiens, sur des tailles relativement importantes autour de 40 ou 50 ha, avec une revente totale de l’énergie, soit en gré-à-gré, soit sous forme d’appels d’offres de la CRE [Commission de régulation de l’énergie] », précise Julien Tolo, conseiller énergie à la chambre d’agriculture de région d’Ile-de-France. Ce qui ne l’empêche pas de guetter les projets de plus petite taille, misant sur l’autoconsommation.
Les agriculteurs appellent toutefois à un développement raisonné de cette filière, sans précipitation. « On privilégie les projets collectifs, à l’échelle d’une commune ou d’une communauté de communes, un peu à l’image de la filière méthanisation qui s’est construite dans notre région », précise Christophe Parent. La chambre d’agriculture veut également veiller aux baux qui encadreront ces nouveaux projets afin de sécuriser la situation des agriculteurs, qui sont le plus souvent locataires des terres qu’ils exploitent.
L’agrivoltaïsme « est un sujet qui ne fait pas l’unanimité », a rappelé Valérie Lacroute, vice-présidente de la région Ile-de-France, chargée de l’agriculture et de l’alimentation. La responsable politique s’est engagée, toutefois, à accompagner les nouveaux projets, « bien évidemment en partenariat avec les agriculteurs qui le souhaiteront ».