L’endettement du pays et les risques qui lui sont liés ont constitué le sujet principal de la conférence de presse du Premier ministre le 25 août. Mais François Bayrou a également évoqué la crise nationale du logement et l’organisation de l’administration locale en Île-de-France. Deux sujets pour lesquels il s’est dit favorable à des réformes en profondeur.
Face à l’endettement du pays et aux risques qu’il fait peser sur son avenir, le Premier ministre a annoncé, lors d’une conférence de presse tenue le 25 août, qu’il engagerait le 8 septembre prochain la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale. Ainsi François Bayrou, qui aura recours, en l’espèce, à l’article 49 alinéa premier de la Constitution, prononcera-t-il une nouvelle déclaration de politique générale, au terme de laquelle il sollicitera donc un vote susceptible d’entraîner la chute de son gouvernement.
Un « problème d’urgence vitale »
L’idée du locataire de Matignon est de faire précéder l’examen des mesures devant permettre une économie de quelque 44 milliards d’euros sur le budget 2026 d’une prise de conscience générale de la nécessité de réduire drastiquement l’endettement du pays. Une trajectoire quadriennale doit le permettre. Selon lui, la France est confrontée à un « problème d’urgence vitale », imposant d’agir, le risque suprême étant à ses yeux « de laisser la situation se décomposer ». « La vérité, c’est que la dette, c’est chacun d’entre nous. », a-t-il résumé.
L’arrivée des membres du gouvernement, nombreux à assister à cette conférence. Ici Véronique Louwagie, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, chargée du Commerce, de l’Artisanat, des Petites moyennes entreprises et de l’Économie sociale et solidaire. © Jgp
« La soumission financière équivaut à la soumission militaire », a déclaré également le maire de Pau, comparant à plusieurs reprises la situation du pays à celle d’un foyer contraint d’aller voir son banquier afin d’emprunter, à des taux toujours plus élevés, pour honorer les mensualités de ses crédits. Il a également illustré son propos par l’exemple de pays ayant dû, face à l’emballement des taux d’intérêt de leurs dettes, consentir à des sacrifices massifs (coupes dans les retraites, salaires de la fonction publique, licenciements, hausses d’impôts).
« Revoir entièrement la politique du logement »
Interrogé sur la crise persistante du logement et l’atonie du marché de l’investissement locatif, il s’est dit convaincu, « comme la ministre du Logement », de la nécessité « de revoir entièrement notre politique » en la matière. « C’est un engagement que je prends », a-t-il ajouté, rappelant les centaines de milliers d’emplois en danger dans un « secteur du bâtiment bloqué », notamment à cause de la hausse des taux d’intérêt.
Concernant la réforme de l’État, l’ancien haut-commissaire au Plan a évoqué le décret récemment adopté, soumettant la réorganisation de l’État local et de toutes les structures qui portent l’action de l’État en région au préfet, coordonnateur aux prérogatives renforcées, dans un objectif de cohérence et de clarté (voir ci-dessous).
Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles de France figurait parmi les nombreux ministres présents lors de cette conférence. © Jgp
Le Premier ministre a entamé son discours par un tour d’horizon « d’une planète [qui] ne tourne pas bien ». © Jgp
Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail et de l’Emploi, lors de son arrivée avenue de Ségur. © Jgp
De nombreuses personnalités du Grand Paris figuraient parmi les conseillers ministériels présents lors de cette conférence de presse, à l’image du préfet Thomas Degos, (en photo) ancien DGS de la métropole du Grand Paris, désormais directeur de cabinet du ministre des Outremer Manuel Valls, de Katayoune Panahi, ex-DGS des Hauts-de-Seine, directrice de cabinet du ministre des Transports Philippe Tabarot, ou de Guillaume Clédière, ex-DG de Grand Paris Grand Est, désormais directeur de cabinet adjoint du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Philippe Baptiste. © Jgp
À propos de l’Île-de-France, François Bayrou a dénoncé « le labyrinthe et le dédale des structures imbriquées les unes dans les autres en forme de poupées russes ». « Je pense que cela nuit à l’efficacité, à la lisibilité de l’action publique et que cela coûte très cher », a-t-il poursuivi. « Mais vous observerez que nous avons déjà pris une décision importante », a-t-il également fait valoir, évoquant la réforme adoptée de la loi Paris, Lyon et Marseille. « Désormais, les électeurs pourront élire leurs maires. Ce qui n’est pas un petit changement, alors que tout le monde pensait que nous n’y arriverions pas ».
« Une planète qui ne tourne pas bien »
Le Premier ministre avait entamé son discours par un tour d’horizon « d’une planète [qui] ne tourne pas bien », évoquant les différents conflits en cours, « tout cela dans l’indifférence du réchauffement climatique et de ses conséquences ». Citant l’ancien président du Conseil des ministres d’Italie Mario Draghi, il a déploré « l’évanouissement, cet été, de l’idée d’une Europe qui compte dans le monde ».
À propos de la France, il a décrit le paradoxe « d’un pays incroyablement doué dans tout ce qui est au sommet de la pyramide de l’œuvre humaine, du savoir, des sciences, des mathématiques, de la chimie, de la génétique et du quantique, mais dépassé dans tout ce qui constitue les produits de consommation de base, l’équipement de la maison, l’électroménager, tout ce qui fait la vie de tous les jours ». Déplorant « la confusion » actuelle, et la perspective d’une grève générale à compter du 10 septembre prochain, issue du mouvement « bloquons tout », le Premier ministre a opposé « ceux qui veulent abattre la France par le désordre et ceux qui veulent la construire, par le courage et la générosité ».
Une dette galopante
« Depuis vingt ans, chaque heure de chaque jour et de chaque nuit a augmenté la dette de 12 millions d’euros supplémentaires », a-t-il rappelé, soulignant que la dette française s’est accrue de 2 000 milliards d’euros en vingt ans. « La charge de la dette va devenir cette année le budget le plus important de la nation. (…) Les annuités que nous devons rembourser vont être plus lourdes que le budget de l’Éducation nationale et que le budget des Armées », a-t-il martelé. « L’an dernier, c’était 60 milliards. Cette année, ce sera 66 milliards. L’année prochaine, en 2026, au mieux 75 milliards », s’est inquiété le Premier ministre.
Présenté en Conseil des ministres le 30 juillet 2025, le décret n° 2025-723 conforte les préfets dans leur rôle de coordonnateur de l’action territoriale de l’État. Ils voient renforcées leurs prérogatives managériales : participation accrue à la nomination et à l’évaluation des chefs de services déconcentrés, fixation des priorités d’action, pilotage renforcé. Ce texte s’inscrit dans la réforme « Refonder l’État local », dont l’objectif est notamment de donner aux préfets les moyens d’être de véritables fédérateurs de l’action publique, en élargissant leurs marges de manœuvre en ressources humaines, en généralisant leur pouvoir de dérogation réglementaire et en améliorant l’information et la coordination territoriale.