Dominique Alba « dormira plus tard ». Pour l’heure et comme depuis toujours, la directrice de l’Apur prend la vie comme une aventure.
Du haut du dernier étage de l’immeuble Morland, la directrice générale de l’Apur domine Paris. Une fois la nuit tombée et la ville illuminée, la vue est splendide. Impossible, pourtant, d’imaginer Dominique Alba se laisser aller à la rêverie devant la fenêtre de son bureau. « Un peu bulldozer », de son propre aveu, elle forme surtout un refus : celui d’être spectateur. Dans l’action, toujours. Et au premier plan si possible. D’où sa passion pour la ville, où tout va vite. « Les vaches et les tracteurs, ça va, j’ai donné », s’amuse-t-elle, revenant sur sa jeunesse dans un hameau au pied des Pyrénées.
Dominique Alba. © DR
Après un bref passage en Afrique pour suivre son père qui travaille dans l’industrie pétrolière, la famille s’installe à Paris. Dominique Alba a 16 ans. Et compte bien profiter pleinement de sa jeunesse parisienne. Elle prend la vie à bras-le-corps, entourée d’une bonne bande de copains. Au détour d’une discussion avec le père de l’un d’eux, elle découvre l’architecture. Plutôt destinée au parcours prépa/école de commerce, la bonne élève s’engouffre vers ce métier qui lui promet de concilier deux de ses passions : la ville et le voyage. Pas question, encore une fois, de suivre discrètement les cours.
La jeune femme joue des cuivres en fanfare, s’investit comme déléguée étudiante… « On faisait beaucoup la fête… mais on travaillait aussi beaucoup ! », prend-elle plaisir à raconter. S’il fallait prouver ce dernier point, rappelons qu’elle est embauchée à l’agence Jean Nouvel dès la sortie de l’école. Et puisqu’il ne faut rien faire comme les autres, Dominique Alba va à l’Ecole des mines pour y trouver un directeur de diplôme. Son projet, concevoir sur 20 ans la vie d’une ville minière… dans le Sahara. Deux ans plus tard, le projet est primé. Entretemps, la jeune architecte fait des frayeurs à ses parents. La pirogue, l’auto-stop, tous les moyens sont bons pour se déplacer en Afrique centrale où elle s’occupe de développement rural ou de mines. Principalement autour de Bangui et de Brazzaville. « Je jouais un peu à Tintin… Mais quand on est acteur, on ne voit pas le négatif ou la dangerosité », explique celle dont l’élégance cache bien les années de baroudeuse. Une logique qu’elle préserve, une fois rentrée à Paris où elle fonde son foyer.
L’ascension parisienne
Dominique Alba retape des HLM « dans des conditions très difficiles ». Elle se souvient, enceinte, se frayer un chemin entre les dealers dans des immeubles aux sous-sols desquels des cadavres sont régulièrement retrouvés. Ambiance… Mais la directrice de l’Apur a cette faculté de mettre des œillères pour ne pas voir ce qui la dérange. « Souvent, quand on ne regarde pas les difficultés, elles partent d’elles-mêmes », va jusqu’à théoriser Dominique Alba.
Il y a peut-être là l’une des clefs de son succès à Paris. En 2000, elle s’engage auprès de Bertrand Delanoë et arrive à se frayer un chemin « sans rien comprendre au milieu politique », grâce à sa connaissance de la ville. Une nouvelle aventure qui la mène à la direction de l’urbanisme. Jusqu’aux hautes sphères de l’Apur, en passant par le Pavillon de l’Arsenal, elle secoue. Dérange parfois. L’étoffe de son réseau est enviée. Sa parole compte. « On dormira plus tard ! » s’exclame-t-elle, se considérant redevable de sa situation. Une situation qui lui permet de montrer les solutions pour que la ville soit inclusive et juste. « Il y a une bataille à mener là-dessus, et l’Apur a un rôle à jouer. » L’aventure, toujours. Collective.