David Lewkowitz, président directeur général de Mondial Relay, prône un modèle de livraison hors domicile qu'il présente comme une réponse concrète aux enjeux de décarbonation et de congestion urbaine. Avec plus de 40 millions de colis livrés en Île-de-France en 2025 et plus de 3 000 points de contact dans la région, l'entreprise - numéro un des lockers et des relais commerçants en France - mise sur l’utilité, la proximité et la mutualisation des flux. Elle expérimente aussi de nouveaux usages, notamment à Argenteuil, en partenariat avec la Métropole du Grand Paris.
Quel est l’ADN de Mondial Relay, et comment le modèle a-t-il évolué ?
Mondial Relay est une société française créée en 1997, issue des Trois Suisses. À l’origine, elle a été fondée pour pallier les grèves de La Poste et répondre aux besoins des acteurs de la vente par correspondance. Le terme « Point relais » est d’ailleurs une marque déposée par Mondial Relay pour désigner les commerçants partenaires. Le réseau s’est progressivement ouvert à d’autres expéditeurs, puis aux retours et aux envois entre particuliers. L’essor des plateformes de seconde main, comme Vinted ou Leboncoin, dont Mondial Relay est partenaire logistique intégré, a constitué une nouvelle étape décisive.
En 2021, l’entreprise a été rachetée par InPost, groupe basé en Pologne, présent dans neuf pays européens et coté à la bourse d’Amsterdam. Cette intégration a changé d’échelle notre développement. InPost, qui fabrique ses propres machines dans une usine à Cracovie, a transformé le marché polonais. Depuis cette acquisition, Mondial Relay a déployé en France plus de 10 000 lockers, devenant le premier réseau de lockers du pays, devant la filiale Pickup de La Poste (6 500 machines) et Amazon (4 500 à 5 000 machines).
Quelle est la présence de Mondial Relay en Île-de-France ?
L’Île-de-France est un territoire prioritaire. Nous y avons livré plus de 40 millions de colis en 2025, avec un maillage de plus de 3 000 points d’envoi et de retrait hors domicile, répartis dans les huit départements franciliens, entre lockers et Points relais. Paris concentre la majorité des points, devant la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, l’Essonne, la Seine-et-Marne, les Hauts-de-Seine, les Yvelines et le Val-d’Oise.
Ce maillage dense s’appuie aussi sur une organisation logistique structurée en amont. Nous disposons d’un hub national à Réau, en Seine-et-Marne, et de sept agences de distribution dans la région Île-de-France : à Lieusaint, Bonneuil-sur-Marne, Puiseux-Pontoise, Trappes, Wissous, Villeneuve-la-Garenne et Tremblay-en-France. C’est depuis ces sites que sont organisées les tournées vers nos points de livraison.
Pourquoi la livraison hors domicile est-elle particulièrement adaptée aux Franciliens ?
Les Franciliens sont souvent peu véhiculés, habitent le plus souvent en immeuble avec de petites boîtes aux lettres, et se déplacent principalement en transports en commun. Dans ce contexte, la livraison à domicile peut rapidement montrer ses limites : le livreur passe, laisse un avis de passage, et le destinataire doit parfois aller chercher son colis loin de chez lui. Deux kilomètres à Paris sans voiture, c’est potentiellement trois correspondances en métro ou en bus.
Notre modèle propose précisément l’inverse : laisser au client le choix du lieu et du moment du retrait. Au moment de sa commande, il sélectionne le point le plus proche de son domicile, de son travail ou de son trajet quotidien. Dans les quartiers denses, cette proximité et cette flexibilité changent tout. Nos lockers sont accessibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour 90 % d’entre eux. Le retrait est simple, rapide et sécurisé : quelques secondes suffisent pour scanner un QR code ou ouvrir un casier à distance via l’application mobile Mondial Relay.
Comment implantez-vous des lockers dans des zones aussi denses que Paris intra-muros ?
C’est effectivement plus complexe qu’en province, où l’espace est moins contraint. Nous avons donc développé plusieurs solutions complémentaires. La première consiste à installer des lockers à l’intérieur de commerces à horaires larges (laveries, épiceries), ce qui leur évite de gérer eux-mêmes le flux de colis. La deuxième s’appuie sur des partenariats avec des bailleurs sociaux, des universités et des campus.
La troisième, spécifique aux zones hyperdenses, repose sur un concept que nous avons baptisé « Mondial Relay City » : nous louons nous-mêmes des locaux que nous équipons d’un grand nombre de casiers. Ce format permet d’apporter une forte capacité de retrait dans des espaces contraints, tout en simplifiant l’accès au service pour les habitants et contribuant à mieux organiser les flux de livraison. Nos partenariats publics et parapublics sont en pleine accélération, avec plus d’une centaine d’implantations contractualisées en Île-de-France.
Des collectivités vous sollicitent-elles directement pour implanter des équipements ?
Oui, et c’est un changement notable par rapport à il y a quelques années, où c’étaient essentiellement nos équipes qui allaient démarcher. La ville de Gagny, en Seine-Saint-Denis, a signé un contrat avec nous pour renforcer le maillage territorial et offrir ce service de proximité à ses habitants. Nous observons de plus en plus d’intérêt de la part des collectivités, qui y voient à la fois un service utile, une solution de proximité et une réponse aux enjeux de logistique urbaine. Récemment, nous avons rencontré plusieurs maires intéressés par notre offre.
Les commerces ont eux aussi compris l’intérêt : 62 % des personnes qui se déplacent pour récupérer un colis dans un locker situé au sein ou sur le parking d’un point de vente effectuent un achat dans ce magasin, dont 61 % de manière non planifiée. Le locker est donc aussi un levier d’attractivité commerciale ainsi qu’un vecteur de trafic réel, ce que nos partenaires Carrefour, Auchan ou Lidl ont bien intégré.
Quelle est la contribution de votre modèle à la décarbonation du dernier kilomètre ?
Notre modèle repose sur une logique de mutualisation que j’aime comparer à celle des transports en commun. Concrètement, un véhicule Mondial Relay peut transporter entre 700 et 800 colis par tournée, contre 100 à 120 dans un schéma de livraison à domicile. Selon une étude d’Eco CO2 de janvier 2025, cela représente sept fois moins de véhicules sur la route pour un volume équivalent. Nos flux sont par ailleurs bidirectionnels : le véhicule repart de l’agence plein et revient plein, là où les livreurs à domicile rentrent souvent à vide.
En termes d’émissions, notre service génère en moyenne 64 % de gaz à effet de serre en moins que la livraison à domicile – et jusqu’à 88 % en cas de déplacement à pied ou à vélo. Une étude de l’Ademe va plus loin encore : elle établit que l’achat en e-commerce livré hors domicile, quand le client se déplace à pied, constitue l’un des modes d’achat les moins émetteurs. Autrement dit, le hors domicile n’est pas seulement une réponse pratique : c’est aussi un levier concret de logistique urbaine plus sobre.
Vous avez répondu à un appel à projets de la métropole du Grand Paris. Qu’expérimentez-vous à Argenteuil [Val-d’Oise] ?
Nous avons été sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets « Terrains d’innovation » lancé par la métropole du Grand Paris et porté par sa direction de l’innovation numérique et logistique. L’idée était de proposer des usages complémentaires pour nos lockers, au-delà de la seule livraison de colis. Ce projet s’inscrit également dans le contexte d’un partenariat avec Paris&Co, agence d’innovation de la ville de Paris, partenaire de la Métropole.
« L’idée était de proposer des usages complémentaires pour nos lockers, au-delà de la seule livraison de colis ». © DR
Nous nous inspirons de ce que fait déjà InPost en Pologne où ont été implantés des lockers équipés de défibrillateurs, et où les lockers permettent aux administrés de retirer des documents officiels sans passer par un guichet. L’intérêt est simple : utiliser ce réseau de proximité pour rendre de nouveaux services du quotidien plus accessibles. Plutôt que d’attendre 25 minutes au guichet, le document est déposé dans le locker à l’entrée de la mairie, récupérable avec un code unique. À Argenteuil, nous co-construisons ces nouveaux cas d’usage avec les équipes de la Ville. Le projet est en cours ; nous pourrons en dire plus quand les résultats seront formalisés. Ce type d’expérimentation est rendu possible par le fait que nous concevons et fabriquons nos propres machines, ce qui nous permet d’intégrer plus rapidement de nouvelles fonctionnalités.
Quels sont vos résultats et vos perspectives de développement ?
Le premier trimestre 2026 est très satisfaisant avec une croissance de nos volumes et des recrutements. Cela confirme une dynamique de fond : le e-commerce continue de progresser et la livraison hors domicile croît plus vite que la livraison à domicile. Au sein même du hors domicile, les lockers connaissent aussi une progression rapide.
En Île-de-France et dans le Grand Paris, nous poursuivons deux axes stratégiques. Le premier, « Big cities », vise à accélérer le déploiement de lockers dans les hypercentres denses via le format Mondial Relay City adapté aux contraintes des villes compactes. Le second, « Green City », traduit notre ambition de décarboner les opérations et de développer une logistique mieux intégrée dans l’espace urbain. Notre conviction est simple : dans le Grand Paris, la logistique du dernier kilomètre doit être pensée à hauteur d’habitants et en lien avec les villes et les maires. C’est ce que permet le modèle hors domicile.