Avec un CV fourni et un art consommé du name-dropping, Carole Enfert continue de mener sa barque en toute indépendance. L’avocate sait tout du Grand Paris, sur lequel elle pose un regard sans concession.
Elle est de tous les événements « Grand Paris ». Et elle connaît tout le monde. Normal, puisqu’elle fait partie de la dream team que se choisit Christian Blanc, alors secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, pour dessiner le Grand Paris. Désormais avocate spécialisée en droit public à la tête de son propre cabinet, elle reprend à son compte les slogans de son ancien mentor : le Grand Paris des clusters, le métro « dont tout le monde parle, en oubliant qu’il a pour vocation première la mise en réseau des huit ou neuf grands pôles économiques de la région ».
Carole Enfert. © JGP
Avec un large sourire, une distanciation revendiquée avec les clans, elle n’hésite pas à évoquer « l’erreur » de Hollande sur la question du Grand Paris « qui n’a pas mesuré les pièges des structures qu’il a laissé se développer sans vision suffisante ». « Je ne suis pas née pour faire une seule chose à la fois », dit-elle pour se décrire, évoquant également « les coups de chance » qui ont ponctué sa carrière.
La jeune juriste la commence au Sénat, où elle finit sa thèse, comme conseillère au sein du groupe Union centriste. Elle travaille alors pour des élus de la trempe de Daniel Hoeffel, sénateur alsacien à l’éloquence inimitable, ou encore de Jean Lecanuet et de Jean Arthuis. Formateur. « Le Sénat possède beaucoup plus de pouvoir qu’on ne le croit », dit-elle pour résumer sa thèse, consacrée au règlement de la chambre haute.
Vaudeville à Puteaux
C’est à Puteaux, auprès des Ceccaldi-Raynaud, qu’elle découvre le monde des collectivités, comme directrice du cabinet du maire. Formateur également. Elle y est à la fois séduite par le côté opérationnel, concret, et stupéfaite par le côté vaudeville, et un rapport singulier aux administrés-électeurs. Cette spécialiste de droit constitutionnel et administratif, aujourd’hui à la fois enseignante dans les universités parisiennes, conférencière (ENA, Sciences-po) et avocate, poursuit alors sa carrière à la mairie de Paris auprès de Françoise de Panafieu, en tant que secrétaire générale du groupe UMP. Elle apprécie « une certaine vision » de Bertrand Delanoë qui a ouvert Paris vers la banlieue.
Puis Christian Blanc la recrutera sur simple lettre de candidature. C’est sa grande aventure : auprès de lui, elle concocte la création et les statuts de la future Société du Grand Paris avec Stephan de Fay, et phosphore aux côtés de ceux qui demeurent des acteurs-clés du projet aujourd’hui : Erwan Le Bot (ADCF), Patrice Bécu (métropole du Grand Paris), Alexandre Missoffe (Paris-Ile-de-France Capitale Economique), Simon du Moulin (Agence d’urbanisme du Havre), Guillaume Pasquier (La Française), Damien Robert (Grand Paris aménagement), sans oublier Pierre Veltz ou Marc Véron, proches du ministre.
Puis elle suit Stephan de Fay à l’Epadesa, l’établissement public d’aménagement de La Défense Seine-Arche. Elle y emmagasine de quoi écrire le livre qui figure au premier rang de ses projets à venir. La juriste n’a jamais quitté le Grand Paris, qu’elle aborde en conseillant, au fil de ses missions, la métropole sur la définition de l’intérêt communautaire ou la Société du Grand Paris, avec Egis conseil, sur le montage de différents projets connexes. Toujours avec le sourire, nostalgique de l’allant sarkozien sur ce dossier, elle dit attendre aujourd’hui une intervention forte du président de la République pour guider ce projet pharaonique, qui fête ses dix ans. Avec un goût d’inachevé persistant.