Maire (UDI) d'Issy-les-Moulineaux depuis 1980, président du Syndicat des eaux d'Île-de-France (Sedif) de 1983 à mai 2026 et vice-président de la métropole du Grand Paris, André Santini est mort dans la nuit du 31 mai au 1er juin, à l'âge de 85 ans. Ancien ministre, il laisse l'image d'un édile bâtisseur à l'humour acéré, dont la fin de carrière fut assombrie par des affaires judiciaires.
André Santini s’est éteint dans la nuit du 31 mai au 1er juin, à l’âge de 85 ans, a confirmé son entourage. L’élu était hospitalisé depuis octobre 2025 à l’hôpital Corentin-Celton, à la suite d’une chute et de problèmes cardiaques. En mars 2026, très affaibli et sans avoir mené campagne, il avait été réélu maire pour un neuvième mandat, avec 47,9 % des voix dans une triangulaire, la première fois, en 46 ans de vie municipale, qu’il ne l’emportait pas dès le premier tour. Il était l’un des plus anciens maires en activité d’Île-de-France.
Né le 20 octobre 1940 à Paris, d’origine corse, André Santini suit des études de droit, de sciences politiques et de japonais avant de devenir adjoint au maire de Courbevoie. C’est sur les conseils de Charles Pasqua qu’il rejoint en 1977 Issy-les-Moulineaux, alors dirigée par Raymond Menand, dont il devient premier adjoint. Le décès du maire, en 1980, le propulse à la tête de la commune, qu’il ne quittera plus. Célibataire, il aimait répéter qu’Issy était sa « Marianne ».
Pendant plus de quatre décennies, il transforme le visage de la ville. Il fait appel à de grands architectes pour réhabiliter les friches industrielles des bords de Seine et oriente le développement économique vers les nouvelles technologies, attirant les sièges de Capgemini, Microsoft, Orange, Coca-Cola ou, plus récemment, Warner Bros. En 2009, il reçoit à New York le trophée du « Visionnaire de l’année » et y rencontre l’architecte Daniel Libeskind, qui réaménagera la ZAC Léon Blum, autour de la future gare du Grand Paris express, dans l’un des quartiers les plus modestes de la commune. Cette métamorphose lui a valu, de longue date, le qualificatif de maire bâtisseur.
Le 10 octobre 2025, lors de l’inauguration de la nouvelle station de pompage de Villiers-le-bel. © DR
Lors d’un déjeuner de presse le 13 avril 2023, entouré de Luc Strehaiano, ancien Premier Vice-président du SEDIF et à sa gauche Pierre-Edouard Éon, vice-prédident du Sedif et maire de Mery-sur-Oise. © Jgp
Le 18 mars 2021, avec Alain Taravella, (Altarea-Cogedim) lors de l’inauguration de Bridge, siège d’Orange à Issy-les-Moulineaux, dessiné par Jean-Paul Viguier. © Jgp
Le 9 juillet 2020, André Santini préside la séance d’élection du président de la métropole du Grand Paris. © Jgp
Le 17 avril 2019, sur le stand de la Métropole au Salon de l’association des maires d’Ile-de-France, avec Ivan Itzkovitch (Rosny-sous-Bois), Manuel Aeschliman (Asnières), Ludovic Toro (Coubron), Patrick Ollier (MGP) et Eric Cesari (Courbevoie). © Jgp
Le 9 juillet 2016, avec Paul Subrini, son ancien bras droit, congédié avec d’autres adjoints boulonnais pour ne pas avoir soutenu le candidat défendu par André Santini aux législatives et Pierre-Christophe Baguet (Boulogne). © Jgp
Sur la scène nationale, André Santini est député de la 10e circonscription des Hauts-de-Seine de 1988 à 2017, et vice-président de l’Assemblée nationale. Sous Jacques Chirac, il est secrétaire d’État aux Rapatriés puis ministre délégué à la Communication (1986-1988) ; sous François Fillon, secrétaire d’État à la Fonction publique (2007-2009). Membre de l’UDF puis de l’UDI, l’élu centriste s’était taillé une réputation d’orateur redouté pour ses bons mots, plusieurs fois sacré « député le plus drôle » par la presse. Grand amateur de cigares, il avait fondé en 1991 le Club des parlementaires amateurs de havane, dont il était président à vie.
50 millions mobilisés au profit de 300 projets dans 20 pays
Président du Sedif depuis 1983, André Santini aura dirigé pendant plus de 40 ans le premier service public d’eau de France, qui dessert quatre millions d’usagers. Avec le sénateur Jacques Oudin, il est à l’origine de la loi Oudin-Santini, adoptée en 2005, qui autorise collectivités, syndicats et agences de l’eau à consacrer jusqu’à 1 % de leur budget « eau et assainissement » à des actions de solidarité internationale. Comme le rapportait Le Journal du Grand Paris (juin 2025), le programme Solidarité eau du Sedif a, depuis 1986, mobilisé 50 millions d’euros au profit de plus de 300 projets dans plus de 20 pays. Il était également vice-président de la métropole du Grand Paris, chargé de la stratégie économique, depuis 2016.
Sa présidence du Sedif a pris fin en mai 2026, lorsque Richard Dell’Agnola, maire (DVD) de Thiais, lui a succédé. Le 21 mai, empêché par la maladie, il avait fait lire devant le comité syndical un message d’adieu où transparaissait son attachement au syndicat dirigé pendant 43 ans : « Le Sedif me manque », écrivait-il, rendant hommage aux agents et aux maires qui l’avaient « toujours soutenu fidèlement et loyalement » (voir ci-dessous).
Sa longévité s’est doublée de plusieurs déboires judiciaires. Dans l’affaire de la Fondation Hamon, condamné en première instance en 2013, il a finalement été relaxé en 2018, au terme de 15 ans de procédure. Il a aussi été condamné à plusieurs reprises pour injures publiques envers des opposants. Plus récemment, il faisait l’objet d’une information judiciaire, ouverte en octobre 2024, après des plaintes pour « agression sexuelle » et « harcèlement sexuel et moral » déposées par un ancien huissier et un ancien chef de cabinet, des faits qu’il a toujours contestés. Une plainte pour « outrage sexiste » avait par ailleurs été déposée après qu’il eut qualifié deux élues de « pin-up », en décembre 2023, lors d’un comité du Sedif.
« Grande tristesse à l’annonce de la disparition d’André Santini », a réagi Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. « Une figure de la vie politique francilienne disparaît. […] On lui doit la transformation totale de sa ville d’Issy-les-Moulineaux qu’il chérissait et l’arrivée en Île-de-France de nombreux sièges sociaux d’entreprises étrangères qu’il allait convaincre une par une », a-t-elle salué, soulignant qu’il avait gardé « jusqu’au dernier jour, la poigne, l’intelligence et l’humour qui le caractérisait ».
(lors de l’élection de Richard Dell’Agnola à la présidence du syndicat)
« Le Sedif me manque. Votre présence ce matin pour une nouvelle mandature me manque. Notre usine de Choisy, comme on l’appelle affectueusement, et son cadre arboré me manquent. Mais votre engagement pour conduire notre projet de filtration ultramoderne et nos 2 milliards d’investissement sur dix ans me rassure. Je suis heureux de savoir que près de 60 % d’entre vous ont été désignés pour rejoindre pour la première fois notre beau syndicat. Ils vont épauler les compagnons de la première heure qui ont bâti avec moi, depuis 43 ans, notre réputation de sérieux et de professionnalisme. Ces qualités ont permis au Sedif de produire 750 millions de litres d’eau par jour, soit 275 millions de mètres cubes par an, au profit de 4 millions de consommateurs, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Malgré ma volonté et ma détermination, ma santé m’oblige à prendre congé de vous pour le moment, le temps pour moi de me soigner. Je vous laisse poursuivre le chemin de nos projets pour la santé des usagers, en compagnie des élus et des maires qui m’ont toujours soutenu fidèlement et loyalement. Je vous souhaite un bon comité et, depuis mon hospitalisation à domicile, j’en regarde le déroulement sur la chaîne YouTube du Sedif. Encore bravo pour votre engagement ; j’ai toute confiance en vous, en l’équipe du bureau et en son président, élus ce matin. Ils peuvent également compter sur la loyauté et la compétence des agents du Sedif, que je remercie chaleureusement. Bien sincèrement à vous. Vive le Sedif ! »
L’hommage du Sedif
Dans un communiqué diffusé le 1er juin, le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) salue la mémoire d’André Santini, qui l’a présidé de 1983 à mai 2026, avant d’en être désigné président d’honneur. Le syndicat, premier service public d’eau de France (4 millions d’habitants, 133 communes), met en avant une « vision résolument moderne » de la gestion de l’eau, conciliant performance industrielle, maîtrise des coûts et exigence environnementale. Parmi les réalisations citées : l’installation de la nanofiltration à l’usine de Méry-sur-Oise (Val-d’Oise) en 1999, présentée comme une première mondiale pour de l’eau de rivière, la généralisation depuis 2015 de la filtration membranaire haute performance, et le projet d’interconnexion des réseaux franciliens dit « Ring de l’eau ». Le nouveau président, Richard Dell’Agnola, maire (DVD) de Thiais, salue une action « qui laisse un héritage concret, fait d’investissements durables, d’exigence technique et de vision politique ». Un hommage sera rendu lors du comité syndical du jeudi 18 juin.
« J’apprends avec une profonde tristesse la disparition d’André Santini. Je perds aujourd’hui un ami, un homme de convictions et d’engagement, qui a métamorphosé sa commune, Issy-les-Moulineaux, à laquelle il était profondément attaché. Ancien ministre et parlementaire respecté, André Santini a sensiblement marqué la vie des Hauts-de-Seine, la famille centriste, et plus largement le pays dans les fonctions qu’il a exercées. La métropole du Grand Paris perd également l’un des acteurs essentiels de sa construction, dont le sens du dialogue et l’expérience ont accompagné sa montée en puissance. J’adresse, en mon nom personnel et au nom de la métropole du Grand Paris, mes sincères condoléances à ses proches, au conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux ainsi qu’à l’ensemble des Isséennes et des Isséens. »